Éduquer aux risques de l’internet

Au-delà de la diabolisation ou de la fascination

Dangereux, l’internet ? Il peut l’être, mais pas seulement à cause de contenus illicites ou des faits de pédophilie. Et l’internet ne véhicule pas que des dangers. Il est aussi un formidable outil d’information et de communication. C’est pourquoi, loin de la diabolisation ou de la fascination, il est essentiel de former les jeunes à un usage autonome, critique et responsable de ce nouveau moyen de communication.
Lorsque les enseignant-e-s s’interrogent à propos des risques de l’internet, elles/ils n’évoquent pas uniquement les questions liées à la pornographie ou la pédophilie. Bien d’autres questions les préoccupent également. Notamment le fait que les enfants prennent pour argent comptant tout ce qu’ils trouvent sur la toile, ou qu’ils soient perdus face à la surabondance d’informations. Ils craignent aussi la fameuse « fracture numérique », qui accentue sans cesse l’écart entre « ceux qui connaissent » et « ceux qui ne connaissent pas », alors que l’école cherche à donner des chances égales à tou-te-s. Sans oublier le commerce électronique, la publicité, la circulation intensive de rumeurs via le courrier électronique, la multiplication des virus, le piratage informatique, etc.

Pour y faire face, un simple dispositif de filtrage ne suffit pas. Parce qu’il ne répond qu’en partie à ces problèmes. Mais aussi parce qu’il n’est jamais totalement efficace. Ce qui risque d’entraîner le contraire de l’effet recherché : l’enfant se croit protégé, en sécurité, et risque d’être encore plus désarçonné lors de l’apparition de textes ou d’images illicites, perturbants ou non désirables.

D’autre part, les enfants sont trop peu sensibles aux risques de l’internet. À la question : « Peut-on croire tout ce que l’on trouve sur la toile », des études universitaires montrent qu’ils ont tendance à répondre « oui ». Contrairement à de nombreux adultes, ils considèrent l’ordinateur comme un objet sympathique, agréable, auquel ils font naturellement confiance. L’interface faussement sécurisante de l’écran les rassure. Leurs craintes se portent davantage sur les risques de pannes ou de virus que sur les contenus véhiculés.

C’est pourquoi il est essentiel d’initier une démarche éducative, de développer un apprentissage critique de l’internet. Cette démarche n’incombe pas seulement à l’école (la famille doit y prendre également sa part, par exemple). Mais elle a indiscutablement sa place dans l’apprentissage des savoirs, des savoirs faire et des savoirs être.

C’est toute la raison du programme Educaunet, pensé par trois institutions, belges et française, spécialisées en éducation aux médias/multimédia, et soutenu par la Commission européenne. Il s’est fixé pour objectif de produire et d’expérimenter un ensemble intégré d’outils permettant aux adultes de mettre en œuvre cette éducation critique. Ces outils s’adressent au monde de l’enseignement, de la famille et des associations et visent le public des enfants et des adolescent-e-s. Ils ont été expérimentés à deux reprises par des enseignant-e-s, des parents et des éducateurs/trices belges et français.

Étant donné la diversité des contextes et des publics envisagés et la multiplicité des composants de l’internet, Educaunet propose une série d’outils complémentaires. Certains s’adressent aux plus petits, d’autres aux plus grands. Certains conviennent particulièrement bien pour la classe, d’autres pour la famille. Mais tous s’appuient sur une même philosophie : penser le risque, l’aborder franchement plutôt que l’occulter, responsabiliser l’enfant ou l’adolescent-e, selon ses capacités.

Une équipe universitaire a évalué les effets des outils expérimentés. Globalement, les élèves ont pris conscience des risques de l’internet ou en sont devenu-e-s plus conscient-e-s. Mais les entretiens individuels font apparaître l’infinie diversité des parcours individuels. Chaque jeune a son itinéraire, lié à un milieu socioéconomique de vie, une place dans sa famille, une histoire personnelle… De plus, les outils éducatifs n’agissent pas selon un scénario standard. En d’autres mots, il n’y a pas l’avant et l’après Educaunet. L’éducation à l’internet est en effet un processus évolutif de découverte, modulé par la personnalité et l’histoire de chaque jeune, qui doit l’aider à remettre en cause les approches spectaculaires, de type « coup de poing », inspirées par les stratégies publicitaires et événementielles et à développer son esprit critique à l’égard de ce qu’il trouve sur la toile.

Témoignages d’enseignant-e-s

Je me suis aperçu qu’aucun enfant de la classe n’avait vécu une éducation critique à l’internet. Certains avaient déjà surfé, envoyé des courriels. L’un était même grand consommateur de sites pour enfants, mais aucun ne se représentait les dangers. Pourtant, les discussions à bâtons rompus que nous avons eues prouvent qu’ils les pressentaient.

Ce qui m’a tout de suite plu dans le programme Educaunet, c’est qu’on y fait confiance à l’enfant. On n'interdit pas, mais on lui donne la chance de se découvrir face à un danger. En parler ne suffit pas. Il faut aller à sa rencontre. Le parallélisme avec le code de la route est facile. On n’apprend pas à l’enfant à traverser la route en lui expliquant comment faire alors qu’il est confortablement assis derrière son bureau. On lui apprend en allant avec lui traverser la route et en lui permettant d’exprimer ce qu’il a ressenti. Educaunet, c’est pareil.
Philippe Delmotte > instituteur > Mouscron

Lorsque je suis entré dans le programme Educaunet, j’avais une vision restreinte du champ d’activité. Je pensais surtout à l’aspect « visite de sites ». En discutant avec les collègues et les parents d’élèves, je me suis aperçu que l’éducation aux risques de l’internet devait être beaucoup plus large. Et notamment inclure la pratique du courrier électronique.

Je crois qu’il s’agit véritablement de tout un programme, qui favorise une prise de conscience, un nouvel état d’esprit éducatif. Ce qui semblait intéressant du point de vue du développement de la personnalité, devient un outil de base quant à l’insertion de l’individu dans notre société. Il s’agit véritablement d’éducation à la citoyenneté.
Nicolas Izquierdo > instituteur > Névache > France


Témoignages d’enfants

J’ai bien aimé les chansons et le conte Cl@r@, parce que j’aime bien ce genre de technique pour apprendre les choses les plus importantes à savoir sur l’internet. Exemple : les dangers de l’internet et les bonnes choses de l’internet.
Hugo > 9 ans

J’ai appris ce qu’était un canular. Il ne faut pas transmettre n’importe quoi sur l’internet.
Dominique > 12 ans

Je trouve le projet très intéressant, il devrait être adressé aussi aux plus jeunes. Je me suis amusé à lire les explications dans le jeu des Cyberfamilles, j’ai appris beaucoup.
Arthur > 11 ans

J’ai appris qu’il faut faire attention à ce qu’on reçoit par l’internet. Je sais qu’il peut y avoir de tout sur l’internet.
Gilles > 10 ans