Internet : vers une appropriation citoyenne

Bernard Benhamou a ouvert les Rencontres du Net, le 20 mars 2002 à Paris, par une conférence sur le rôle des familles dans l'appropriation d'Internet. Il y dénonce le risque de " télévisualisation " des réseaux et affirme l'urgence de former les parents aux usages citoyens d'Internet.

L'architecture de l'Internet est aujourd'hui à la croisée des chemins. Si nous n'y prenons garde les évolutions industrielles de l'Internet pourraient en gommer progressivement les dimensions d'échange.D'une architecture d'échange nous risquons de passer à une architecture de diffusion. Ce qui pourrait à terme transformer les internautes en téléspectateurs/consommateurs. Face à cette évolution, la formation des citoyens/internautes sera cruciale pour maîtriser le nouvel espace public que constituent les réseaux. Nous devrons veiller à ce que l'apprentissage des technologies ne se limite pas à la seule dimension de maîtrise des outils mais bien à la compréhension des mécanismes de création et de diffusion des informations. En effet c'est la capacité d'auto-édition qui constitue la base d'une appropriation citoyenne des technologies. Ces échanges que l'on nomme de " pair à pair " sont à l'origine même de la création et du succès de l'Internet. Et c'est précisément parce qu'ils s'inscrivent à l'opposé de la logique de " télévisualisation " ou " broadcastisation " de l'Internet qu'ils pourraient être aujourd'hui remis en cause.

Une mobilisation autour des familles

L'effort à fournir pour aller vers une meilleure maîtrise des technologies ainsi qu'une véritable démocratisation passera d'abord par une mobilisation importante autour des familles. En effet les familles sont le " mètre étalon " de la société de l'Information. L'évaluation du degré d'appropriation de ces technologies passe d'abord par la mesure de l'usage de l'Internet dans les foyers. C'est là que les habitudes et la maîtrise des flux d'information pourront être développées et surtout faire l'objet d'une véritable " appropriation critique ".

Les familles seront amenées à jouer un rôle majeur dans l'appropriation des technologies ainsi que dans les bénéfices scolaires que les enfants peuvent en espérer. Ainsi l'on note déjà que lorsque les élèves ont un accès Internet à domicile en plus de ceux qui existent dans les écoles les résultats scolaires sont très différents. L'avantage que représentent les conseils de parents issus de milieux socio-culturels favorisés est encore déterminant. Si d'importantes mesures d'accompagnement ne sont pas mises en œuvre dans les prochaines années, ces technologies pourraient accroître les inégalités scolaires plutôt que les réduire.

L'effort de formation des citoyens et des familles sera donc considérable. Mais si nous souhaitons que l'Internet soit porteur d'innovations sociales et qu'il ne se réduise pas à une vitrine accessible aux seuls techno-instruits, nous ne pourrons en faire l'économie. Et le véritable développement des outils en ligne pour les citoyens ne sera possible qu'à partir du moment où les usagers pourront à la fois s'en saisir et participer à leur évolution.

Bernard Benhamou, Maître de conférence pour la Société de l'Information à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris
http://www.netgouvernance.org


Les Rencontres du Net

Organisées par la Délégation interministérielle fran&ccdil;aise à la famille autour du thème " Internet, jeunes et familles ", les Rencontres du Net ont permis de débattre de l'intégration du Réseau au sein de la cellule familiale et de l'école. Quatre tables rondes ont réuni des professionnels du monde associatif, éducatif et des spécialistes des nouvelles technologies. Lors de la discussion sur un " Internet plus sûr ", le responsable du Safer Internet Action Plan est intervenu pour présenter la politique européenne sur ces sujets. A cette occasion, l'équipe Educaunet a tenu sa première conférence de presse en France. Les participants au colloque ont pu alors découvrir les jeux et activités actuellement expérimentés.

Educaunet, Bulletin électronique bilingue, n°3, mai 2002, p. 11.